La bonne focale
De l’utilité des cas particuliers en sciences sociales

Howard S. BECKER

Howard S. Becker poursuit ici une réflexion engagée dès le début de sa carrière sur l’usage des « cas » en sciences sociales.
Les observations des sociologues de terrain portent en effet sur des cas particuliers, enracinés dans un environnement historique et social spécifique. Quelles sont les démarches intellectuelles qui permettront d’en tirer des connaissances dont la portée dépasse leur objet initial et enrichit la science sociale ? Comment utiliser les études de cas de manière comparative ? Comment mettre ces comparaisons au service de la découverte de nouvelles variables pour l’analyse sociologique ? Telles sont quelques-unes des questions méthodologiques d’intérêt général dont traite cet ouvrage.
Avec simplicité et clarté, dans un style alerte où percent constamment l’humour et la distance, l’auteur propose des analyses suscitées par des anecdotes tirées de sa vie personnelle, par ses propres recherches (sur les carrières dans l’enseignement, l’usage des drogues, l’art, la musique) dont il offre ainsi une forme de récapitulatif réflexif, mais aussi par celles de ses pairs et maîtres (Hughes, Freidson, Moulin, Durkheim). Le public familier des œuvres de Becker retrouvera ici les enseignements donnés dans le désormais classique Les Ficelles du métier.

Version papier : 21 €
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Détails techniques
Collection : Grands Repères Guides
Parution : octobre 2016
ISBN : 9782707188465
Nb de pages : 272
Dimensions : 135 * 220 mm

Howard S. BECKER

Howard S. Becker, sociologue américain, est spécialiste de la sociologie de l’éducation, de la déviance et de l’art. Il s’inscrit dans la tradition de la sociologie de Chicago : le travail de terrain et l’interactionnisme. Son œuvre désormais connue en France à l’égal de celle d’Erving Goffman se caractérise par l’extrême clarté de son écriture et la diversité des domaines qu’elle embrasse. Il est l’auteur de nombreux articles et livres dont Outsiders (1963, tr. fr. 1985), Le Travail sociologique (1970, tr. fr. 2006), Les Mondes de l’art (1982, tr. fr. 1988) et Les Ficelles du métier (1988, tr. fr. 2002, La Découverte, « Grands Repères/Guides »).

Extraits presse

Qu’est-ce que la simplicité ? A vouloir définir ce mot simplement, tout se complique. Car il désigne à la fois une forme pure et profonde de beauté – de celle qui produit les effets ­les plus puissants avec une parcimonie de moyens – et une sincérité, voire une authenticité qui confine à la stupidité. ­Est simple ce qui n’est pas combiné, ­disent les dictionnaires. En ceci le réel est idiot, car il ne peut se dédoubler, précisent les philosophes. Et certains d’affirmer, tel Wittgenstein, que la simplicité est le sceau de la vérité – précisément parce qu’on l’atteint à l’issue d’un parcours d’une grande complexité.
On peut lire le nouveau livre de Howard
Becker comme un éloge joyeux de la simplicité. C'est-à-dire, de manière symétrique, comme une charge virulente contre la simplification. Comment percer cet apparent paradoxe ? « C'est tout simple » : l'expression revient maintes fois sous la plume du sociologue américain, qui conçoit son métier comme l'art de poser « des questions simples sur des choses ordinaires ». Mais ce qu'il vise est la simplicité d'une description d'interactions complexes, en aucun cas celle du modèle qui les expliquerait en totalité.
« Une conception répandue veut que la recherche et la théorie sociologiques aient pour but de simplifier notre compréhension des faits sociaux, parla découverte des lois sous-jacentes à leur fonctionnement. Je pense, au contraire, qu'il s'agit de découvrir la nature de tout ce qui contribue, de manière observable, à produire les données sur lesquelles on travaille, et d'en rendre compte. » On lira tout cela dans le dernier ouvrage traduit en français de l'éminent sociologue de l'école de Chicago. Et on le lira avec bonheur, tant Howard Becker sait partager son art subversif de la description par une écriture engagée dans une sorte d'allégresse féroce à rendre compte du réel. Penser par cas, c'est s'approcher du fait social à bonne distance, et ainsi désarmer les effets de pouvoir. Rencontrer les acteurs, comparer les situations, observer, lire, s'expliquer, débattre : La Bonne Focale pourrait être l'enseigne de l'auberge joyeuse des sciences sociales. Mais si le livre est bien plus qu'un manuel pratique dévoilant Les Ficelles du métier - titre d'un autre de ses ouvrages (La Découverte, 2002) -, c'est parce qu'il convie généreusement son lecteur dans une suite entraînante de récits, de rencontres et d'expériences.
Des fumeurs de marijuana aux collectionneurs d'art contemporain, en multipliant les cas, Howard Becker - qui est aussi pianiste de jazz - improvise sur le thème sociologique.

11/11/2016 - Patrick Boucheron - Le Monde des Livres

 

Avec l’habileté déjà manifeste dans Les Ficelles du métier, H.. Becker montre comment l’analyse de cas singuliers permet d’étayer des considérations plus générales sur le fonctionnement des sociétés humaines. Décentrer son regard, généraliser à partir de cas exceptionnels, raisonner par analogie et transposition, recourir à la fiction, savoir imposer la légitimité de son savoir.

02/02/2017 - Sciences Humaines

 

Table des matières

Remerciements
Ouverture
I / Aller voir ailleurs : raisonner sur le monde à partir d’un cas

Obtenir un visto à Rio de Janeiro
En France, les salaires des universitaires
Mais quel type de comparaison transnationale est-ce là ?
Généraliser à partir de l’inattendu et de l’inhabituel. Le cas du Brésil
Les leçons de l’inattendu et l’inhabituel. Le cas de la France
Trouver son chemin dans la ville. La logique des blocs d’immeubles
L’industrialisation. La démonstration classique d’Everett C. Hughes, ou comment passer d’un cas à un phénomène général
Everett C. Hughes - Les bases de l’analyse - Que nous apprend la comparaison de plusieurs cas d’industrialisation ?
Questions de méthode
II / Raisonner par analogie
La logique de l’analogie
Analogie entre les structures de références profanes et médicales
Les référents profanes, un phénomène général
Réflexions sur les comparaisons
III / Les boîtes noires : des cas pour éclairer leurs mécanismes internes
La logique input-output : un exemple empirique
Effets de la drogue, savoir et structure sociale
Dosages et modes d’administration - Effets attendus - Effets secondaires - Recherche et circulation du savoir - Contrôle exercé par le consommateur - Contrôle délégué - Contrôle aux mains d’agents externes
Pistes de généralisation
IV / Compliquer et combiner les boîtes noires : d’où l’art tient-il sa valeur ?
Valeur esthétique et valeur financière : le cas de l’art contemporain
Des valeurs économiques partagées - Des valeurs esthétiques partagées - Le brouillage des valeurs - Un dilemme personnel - Le dilemme institutionnel - La donation d’Adrian
La boîte noire des jugements artistiques : autres marchés de l’art explorés par Raymonde Moulin
La culture populaire traditionnelle - Objets ethnographique - L’art contemporain - La photographie
Nouvelles dimensions : l’histoire et les classes sociales
Le marché américain de l’art en 1983 - Réseaux de distribution
V / Des cas imaginaires
La force de l’inertie
Une dystopie : « Le dernier séminaire »
Les enquêtés et nous - Les leçons de cette histoire
VI / Où s’arrêter ?
Quand est-ce que cela suffit ?
Raisonner sur une multiplicité de cas
Comment terminer sa recherche
VII / Et Mozart, alors ?… et autres questions qui tuent posées au sociologue
Questions qui tuent
Remplacer la spéculation par l’étude empirique
Le relativisme
Sciences sociales et quête philosophique
Conflits entre groupes
Conflits au sein d’un groupe
Une situation sans issue ?
Envoi
Repères bibliographiques
Index.